
Depuis presque un an, les émeutes de la faim font le tour du monde. Personne n’est épargné par la crise alimentaire même pas les pays riches. Cette crise ne cesse de créer des inégalités entre les populations et rend instable des régions entières de la planète. Face à l’ampleur de la crise, les pays membres de l’ONU se sont réunit à Rome au début du mois de juin pour l’enrayer au plus vite.
Une crise mondiale mais inégale
Les émeutes de la faim se propagent sur toute la planète. Les continents les plus pauvres sont les premières victimes de la crise alimentaire. L’Afrique est la plus touchée et connaît des émeutes dans la majorité des pays même les plus développés (Egypte, Maroc, …). L’Asie et l’Amérique Latine connaissent elles aussi de grandes difficultés. Le gouvernement haïtien est la première victime politique puisqu’il a dû démissionner sous la pression de la population affamée. Les pays riches subissent aussi cette crise et notamment les personnes les plus pauvres. Les consommateurs italiens ont boycotté le pain (+28% en deux mois) et les pâtes (+34%) durant une journée.
Ce n’est pas moi, c’est mon voisin !
Les grands groupes agro-alimentaires sont les principaux fautifs selon les consommateurs européens. Eux-mêmes par la voix de Peter Brabeck, patron de Nestlé, rejettent la faute sur les agrocarburants. L’argument est d’ailleurs repris par les pays en développement mais aussi par certains pays riches. Cependant, les pays producteurs et les industriels du secteur sont persuadés que la flambée des cours du baril de pétrole en est la seule raison. Dans le même temps, les pays en développement incriminent les subventions agricoles européennes et états-uniennes alors que ces derniers rejettent la faute à la population chinoise et indienne devenue trop riche.
Face à tant de chahut, difficile de s’y retrouver. Dire « qui » ou « quoi » est responsable de la crise alimentaire mondiale, devient quasiment mission impossible.
Des raisons multiples, complexes et anciennes
Entre 2000 et aujourd’hui, 7 récoltes mondiales de blé ont été déficitaires entrainant un surplus de consommation par rapport à la production. Parallèlement, le train de vie des habitants de l’Inde et de la Chine a fortement augmenté et inéluctablement, la demande de viande a augmenté induisant indirectement une demande accrue en céréales. Pour finir, l’augmentation du prix du pétrole a permis de rendre la filière des agrocarburants rentable dès 2003. Ces trois phénomènes s’additionnant, le prix du blé a fortement augmenté ainsi que celui du maïs et du colza. Depuis 2006, leur cours mondial a triplé.
L’augmentation du prix des matières premières et notamment du blé en 2006 a conduit à l’augmentation des produits de bases dans certains pays. Cela a provoqué des troubles notamment en Egypte où le pain devenu trop cher, a conduit le gouvernement à arrêter ses exportations de riz pour subvenir aux besoins de sa population. Du jour au lendemain, le riz thaï, alimentation de base de la moitié de la population mondiale, est passé de 580$ la tonne à 760$.
Ensuite les spéculateurs entrent en jeu. Devenues très attractives face à la crise immobilière, les matières premières sont prises d’assaut par les fonds spéculatifs en 2007 et provoquent ainsi une nouvelle augmentation des prix qui s’ajoute à celle induite par la loi de l’offre et la demande. En mars 2008, alors que les Philippines réclamaient 500.000 tonnes de riz, l’Inde, l’Egypte, le Vietnam et le Cambodge arrêtaient leurs exportations. Le riz a augmenté de 31% dans cette seule journée.
Un problème mondial se résout toujours par des initiatives de solidarité mondiale
Face à cette situation préoccupante, la communauté internationale, composée de 181 pays s’est réunie à Rome pour le Sommet sur la crise alimentaire du 3 au 5 juin 2008. Pour cela, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, déclare que les besoins alimentaires sont de 50% supérieurs à la production actuelle et propose l’augmentation de la production alimentaire, la fourniture de semences et d’engrais aux petits producteurs et la levée des restrictions commerciales sur les produits agricoles.
« Les objectifs atteints dépassent nos espoirs »
A entendre le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, le Sommet de Rome est un véritable succès. En effet, les pays se sont engagés solennellement à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici 2015 tout comme ils s’étaient engagés sur ce point en 1974, 1996 et en 2000. Aussi, la FAO a récolté 8,3 milliards de dollars de promesse de dons pour accroitre l’aide aux pays en développement (dont 1 milliard par la France sur 5 ans) alors que ces pays auraient besoins de 30 milliards de dollars par an.
Ce n’est pas fini, puisque l’ONU s’engage à faire en sorte que la production et l’utilisation des agrocarburants soient durables en examinant « les défis et les opportunités » de cette nouvelle source d’énergie et elle encourage la communauté internationale à poursuivre ses efforts en matière de libéralisation des échanges agricoles en réduisant les obstacles au commerce et les politiques qui sont à l’origine des distorsions du marché.
Des engagements forts au regard de la déclaration de Ban Ki Moon qui dénonçait en ouverture du Sommet les 372 milliards de dollars de soutien à l’agriculture dans les Pays de l’OCDE en 2006, les 12 milliards de dollars finançant 100 millions céréales détournés pour les agrocarburants et responsables de 15 à 30% de la flambée des prix, mais surtout les 1 200 milliards de dollars dépensés en armement en 2006. A cela, il a signalé d’autres chiffres tout aussi alarmants : l’aide au développement agricole a diminué de 56% entre 1984 et 2004 atteignant seulement 3,4 milliards de dollars et ne représente aujourd’hui plus que 3% des aides internationales.
Une crise alimentaire qui dure et qui durera
Face à la crise mondiale, les résultats obtenus semblent bien décevants. Mais comme les responsables de l’ONU et la majorité des chefs d’états sont satisfaits de ce Sommet, nous avons certainement tort de nous inquiéter autant.