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Jusqu’à l’automne 2008 le secteur du recyclage avait le vent en poupe. Avec annuellement 800 millions de tonnes de matières premières secondaires (issues du recyclage) et une croissance à deux chiffres, tout semblait annoncer un avenir radieux. En effet le prix des matières premières recyclées était à la hausse et la tendance ne semblait pas devoir s’inverser.
De plus, l'image « verte » portée par les produits recyclés contribuait à augmenter fortement la demande de la part du grand public. C'était sans compter sur la crise qui a fait voler en éclat ce secteur prometteur, menaçant l'ensemble de son équilibre ainsi que la pérennité de la filière de tri.
La baisse de la consommation mondiale a entraîné dans son sillage la baisse des cours des matières premières qui avaient atteint des sommets durant l'été 2008. En effet, de 480€ la tonne en juillet 2008, le cours de la ferraille est passé à moins de 100€ à la fin de l'année. Il en va de même pour le papier, le plastique ou toute matière recyclable.
Un système à revoir
Avant la crise, les entreprises du secteur achetaient les déchets récupérés et se rémunéraient à la vente, avec des cours élevés. Mais aujourd'hui, les cours sont si bas qu'ils mettent à mal le critère de rentabilité pour les entreprises. De leur côté, les détenteurs habitués à être rémunérés pour l'évacuation de leurs déchets, ne sont absolument pas prêts à payer aujourd'hui pour le même service. De ce fait les déchets s'amoncellent.
Auparavant, la Turquie, premier importateur mondial, voyait arriver cinq à six bateaux de ferraille par semaine. Aujourd'hui, il n'y en a plus qu'un ou deux. En Chine, premier transformateur mondial de déchets pour l'exportation et premier pays à traiter le papier-carton, ce sont des millions de travailleurs payés à trier les déchets des pays riches qui se sont retrouvés sans emploi du jour au lendemain. En France le chiffre d'affaires des entreprises de recyclage a reculé de 33% au quatrième trimestre 2008, par rapport à la même période de 2007.
Selon Philippe Chalmin, professeur à Paris Dauphine, cette crise va permettre une réflexion sur ce secteur qui s'est emballé. Il déclare lors d'une interview au Monde du 24 mars 2009 : « Le recyclage n'est pas la seule solution : l'incinération avec récupération d'énergie peut être une alternative intelligente du point de vue économique. »
Une réorganisation à prévoir
Au vu des risques qui pèsent sur les entreprises du secteur, le BIR (Bureau international du recyclage) s'est rapproché de l'Organisation mondiale du commerce afin de l'exhorter à apporter des solutions au problème. Le 7 novembre dernier, le BIR a officiellement demandé à l'Union européenne de se pencher sur ce dossier qui concerne directement près de 60 000 entreprises en Europe. L'une des idées proposées serait d'abaisser à 5,5% la TVA de certains produits à base de matières premières recyclées.
Comme à chaque fois qu'un secteur est confronté à des situations difficiles, ce seront les petits qui auront le plus à perdre. En effet, les petites entreprises risquent d'être des proies faciles pour les mastodontes que sont Veolia ou Suez.
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