
Le rapport du Groupe de travail « Division par quatre des émissions de gaz à effet de serre de la France à l’horizon 2050 » sous la présidence de Christian de Boissieu a été publié au mois d’août 2006. Ce dernier nous livre un état des lieux de la situation française en matière d’émissions de gaz à effet de serre, un panorama des scénarios illustrant les différents chemins du facteur 4 ainsi qu’une liste de recommandations.
La qualité du rapport réside tant dans l’information qu’il met à la disposition du lecteur, novice ou expert, que dans les axes stratégiques qu’il propose face aux constats réalisés.
L’un d’entre eux est que l’énergie doit nécessairement être une composante des différents scénarios à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif de réduction des GES par 4 d’ici à 2050. Ce ne sont pas seulement des scénarios énergétiques mais quand on sait que l’énergie représente 73% des émissions de GES en France, on en déduit qu’elle doit également représenter 73% de la solution à apporter (l’énergie n’étant pas à considérer seulement sous l’aspect production et transformation mais également sous l’aspect consommation).
L’échec du référendum européen et l’absence d’une politique énergétique commune – notamment sur ce que pourrait être le mix énergétique européen – renvoie à ce constat que les premières actions à entreprendre sont une meilleure coordination entre les politiques des différents Etats Membres et une meilleur information de chacun aux problématiques actuelles et à venir.
Si les politiques énergétiques et les mesures mises en œuvre dans chaque pays pour lutter contre le changement climatique sont du ressort des Etats et doivent nécessairement passer par une analyse des implications locales, on oublie trop souvent que le problème en question est global.
On a encore trop souvent l’impression que les objectifs sont locaux, que les actions menées se limitent aux seules frontières des Etats et que les retours d’expérience ont du mal à se faire. Or, il est impératif que les Etats s’échangent de l’information (ce qui a l’air d’être le cas entre le Royaume-Uni et la France) et renforcent leur coopération notamment avec les pays les moins avancés.
Le Groupe de travail a répondu par l’affirmative à la question qui lui était initialement posée dans sa lettre de mission, à savoir que l’objectif facteur 4 est réalisable. Cette réponse est cependant nuancée par une affirmation claire de la difficulté du chemin à parcourir.
En ce qui concerne les émissions sectorielles de gaz à effet de serre en France, 26% d’entre elles seraient issues du secteur des transports, 20% de l’industrie, 19% des bâtiments et 19% de l’agriculture, 13% du secteur énergétique de la production et de la transformation, enfin 3% du traitement des déchets.
Si on regarde l’évolution des émissions des différents secteurs depuis 1990, on se rend compte que le secteur des transports est celui dont le niveau de ses émissions a le plus augmenté (+23%) suivi par le bâtiment (+22%). A l’inverse les secteurs de l’industrie (-22%), de l’agriculture (-10%), de l’énergie (production et transformation, -9%) et du traitement des déchets (-8%) ont chacun abaissé leur niveau par rapport à celui de 1990.
Le rapport conclut sur une série de recommandations de différents ordres :
- Recommandations de niveau stratégique,
- Recommandations sur la cohérence d’ensemble des politiques publiques,
- Recommandations sur la mobilisation générale des secteurs et des acteurs (mobilisation des politiques sectorielles, sensibiliser et mobiliser les acteurs, soutien à la R&D, participation des collectivités locales, mesures fiscales, réglementations à mettre en place).
Toute la difficulté, et nous le voyons bien dans nos travaux quotidiens, réside dans la faculté à mobiliser tous les acteurs : entreprises, collectivités, associations, pouvoirs publics, associations, grand public, etc. Plongé dans des préoccupations quotidiennes et investi dans des actions de court terme, l’individu qu’il soit citoyen, entrepreneur ou élu a du mal à prendre suffisamment de recul et à mesurer les enjeux actuels.
Pour ceux qui n’ont pas accès aux informations réglementaires, scientifiques, politiques ou encore techniques sur le changement climatique, le film d’Al Gore, Une Vérité qui dérange, qui connaît un franc succès en France comme à l’étranger, est une initiative qui tend vers cette prise de conscience. L’homme politique, qui a mis en image la conférence qu’il a déjà donnée des centaines de fois devant un large public, adapte son discours et l’illustre de chiffres et d’images qui font réagir l’assistance. Alors, c’est peut-être là le commencement. Tout d’abord expliquer et faire admettre que le changement climatique est une réalité vérifiée. Puis, que les plus hautes sphères politiques sachent mettre en œuvre tous les moyens de communication existants pour interpeler le plus grand nombre, comme elle sait le faire en matière de santé et de sécurité.
Envisager et préparer 2050 est un exercice difficile (surtout dans le contexte géopolitique actuel) auquel ce rapport apporte des réponses et ouvre clairement le débat.