
Après de longues années passées au sein puis à la présidence du Groupe TOTAL, Thierry Desmarest, 60 ans, a du laisser sa place à son plus fidèle collaborateur, Christophe De Margerie, ancien directeur de l'Amont du 4ème pétrolier mondial.
Un mois après sa nomination, eQuiNeo a souhaité faire le point sur la Politique Climatique conduite par le Groupe et sur la stratégie que souhaite adopter son nouveau Directeur Général. Brigitte POOT, coordinatrice de la Politique Climatique de TOTAL, répond aux questions de Sébastien DENIS.
Entretien avec Madame Brigitte POOT
Coordinatrice Changement Climatique du Groupe TOTAL
SD : L’arrivée de Monsieur De Margerie à la Direction Générale du Groupe TOTAL sera-t-elle l’occasion d’une redéfinition de la politique climatique de TOTAL, notamment dans le domaine des énergies renouvelables ? Ou s’inscrit-il dans la continuité de son prédécesseur ?
BP : Christophe de Margerie s’inscrit clairement dans la continuité de Thierry Desmarest dont il a été un proche collaborateur pendant plusieurs années.
Il n’y a pas de redéfinition de la politique climatique de TOTAL avec l’arrivée de Christophe de Margerie. La mise en œuvre du Plan d’Action du Groupe se poursuit donc et le reporting de notre Rapport développement durable l’illustre bien.
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SD: Pouvez-vous revenir quelques instants sur l’organisation mise en place au sein du Groupe TOTAL dans les domaines de la politique climatique et des énergies renouvelables ?
BP: Tout d’abord, le développement durable est abordé de façon complètement transversale au sein du Groupe et verticalement dans chacune de nos branches : l’Exploration & Production, le Gaz & Electricité, le Raffinage & Marketing et la Chimie. C’est la direction Développement durable et Environnement qui consolide les performances des branches Amont, Aval et Chimie et qui coordonne la mise en œuvre du Plan d’Action du Groupe. La gestion intégrée s’effectue depuis la Branche jusqu’au site et le système d’information interne nous permet une approche ascendante/descendante pour un meilleur reporting de notre performance et la mise en œuvre de notre stratégie.
Le développement durable est un enjeu majeur pour TOTAL puisqu’il implique, du fait de nos cœurs de métier, de relever un certain nombre de défis. TOTAL est un acteur très engagé pour relever les enjeux énergétiques du développement durable. Nous consacrons beaucoup à la recherche et au développement, tant en matière de consommation d'énergie qu’au niveau du captage et du stockage du CO2 ; tant au niveau des activités et des infrastructures du Groupe que de l’expertise que nous sommes à même d’apporter.
En ce qui concerne la direction Développement durable et Environnement elle-même, elle est organisée en différentes entités qui répondent à nombre de nos enjeux et préoccupations : Environnement, Hygiène-Santé, Sociétal local et Changement climatique.
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SD: Comment expliquez-vous que TOTAL soit beaucoup plus discret que ses concurrents quant à sa communication environnementale et plus particulièrement sur les activités de sa Fondation ?
BP: La Fondation est indépendante des activités industrielles du Groupe et nous veillons à ce que la communication institutionnelle ne se confonde pas avec celle de la Fondation. Ceci étant, la crise que nous avons vécue suite au naufrage de l’Erika nous a fait évoluer en interne. Nous sommes donc effectivement assez discrets mais faisons certainement plus que ce que nous déclarons. Notre rapport développement durable est consultable sur Internet, vous y trouverez de nombreuses informations sur notre politique de développement durable et sur sa mise en œuvre dans chacun de nos métiers. Vous pouvez également consulter le site pédagogique que nous avons créé pour les enseignants et les élèves planete-energie.com.
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SD: D’après les récentes déclarations de Monsieur De Margerie, TOTAL s’intéresserait au nucléaire. Pouvez-vous revenir sur cette réflexion et nous préciser dans quels domaines du nucléaire porte l’intérêt de votre Groupe ?
BP: Christophe de Margerie a effectivement abordé le sujet du nucléaire. Dans le contexte international et européen actuel, nous pensons que le nucléaire a une place au sein du mix énergétique futur mais cela ne signifie pas que Total souhaite entrer aujourd'hui dans ce secteur. Les hydrocarbures restent le cœur de métier de Total et là est notre priorité, notamment en ce qui concerne le renouvellement de nos réserves. Nous nous intéressons également beaucoup aux énergies renouvelables mais pour le Groupe, les priorités à court terme demeurent le pétrole et le gaz naturel.
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SD: Thierry Desmarest expliquait lors d’une intervention en 2006 à l’Université Paris Dauphine que le principal enjeu du Groupe était de se préparer à l’après-pétrole, notamment pour garantir aux salariés du Groupe un même niveau d’emplois. Quels sont les secteurs de développement privilégiés par votre Groupe pour satisfaire un tel objectif ?
BP: Effectivement, c’est l’un des enjeux de long terme mais il faut rappeler que le « Peak Oil » ne signifie pas la fin de la production pétrolière mais le début de son déclin, ce qui n’est clairement pas la même chose. Nous avons donc encore du temps devant nous pour nous préparer à cette échéance. Cela ne veut pas dire que nous restons inactifs dans la perspective de cette échéance. Nous concentrons beaucoup d’efforts sur les énergies renouvelables et sur la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre et nous sommes pro-actifs, par exemple, dans les domaines du captage et du stockage du CO2.
Total participe également à des projets de production d’électricité à partir du gaz via des centrales à gaz à cycle combiné ou à des unités de cogénération. Ces projets se situent un peu partout dans le monde et notamment aux Emirats Arabes Unis, en Thaïlande, en Belgique et bien évidemment en France.
Nous avons donc, au-delà du pétrole, de réels axes de développement et de quoi assurer de bonnes perspectives à nos collaborateurs.
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SD: En parlant d’énergies renouvelables, Total investit depuis quelques temps maintenant dans le secteur des énergies renouvelables. Pouvez-vous nous indiquer le niveau des investissements consentis par le Groupe dans ce secteur ainsi que les filiales dans lesquels il est impliqué ?
BP: La biomasse, le solaire et l’éolien sont les trois filières auxquelles nous nous intéressons le plus. De façon plus prospective, Total s’intéresse également à la production d’électricité à partir de la houle et des vagues.
Au niveau du solaire photovoltaïque pour la production d’électricité, Total détient, à parts égales aux côtés d’EDF, la société Tenesol (anciennement Total Energie, société fondée en 1983). Cette dernière est spécialisée dans la conception, la fabrication, l’installation, l’exploitation et la maintenance de systèmes solaires photovoltaïques. Tenesol a déjà une usine de fabrication de panneaux solaires photovoltaïques en Afrique du Sud et a construit une deuxième unité de production de 15 MWc près de Toulouse. Nous avons également une filiale au Maroc (SSD Temasol) aux côtés de Tenesol, d’EDF et de Total Maroc, une au Mali par le biais de la société Korayé Kurumba et enfin en Afrique du Sud, toujours aux côtés d’EDF, SSD Kwazulu Energy Services. Grâce à l’activité de la filiale nous sommes heureux de contribuer à l’électrification rurale décentralisée en Afrique à partir de cette source d’énergie.
Plus proche de nous, Photovoltec en Belgique est une réussite. Total en est l’un des fondateurs aux côtés d’Electrabel et d’IMEC. Elle produit des cellules photovoltaïques à base de silicium polycristallin. Fin 2005, la capacité de production de Photovoltec était de 22 MWc. D’ici 2008, elle passera à près de 80 MWc par an.
En ce qui concerne l’éolien, nous regardons un certain nombre de projets de centrales éoliennes en Europe, notamment sur des sites industriels. Du fait de notre expérience dans l’exploitation pétrolière offshore, nous avons de bonnes compétences pour conduire des projets éoliens en mer dans la mesure où les conditions économiques et réglementaires le permettent. En 2003, nous avons mis en service cinq éoliennes sur le site de la raffinerie de Flandres (12 MW installés répartis sur cinq éoliennes de trois fabricants différents). Le parc a produit 25 GWh en 2006. Total a été retenu par le Ministère Français de l’Industrie pour un projet éolien de 90 MW éoliens situés dans l’Aveyron. Sous réserve de l’obtention du permis de construire, la centrale pourra être mise en service en 2008.
L’énergie marine (houle et vagues) est souvent peu abordée car plus capitalistique et parce que cette filière nécessite encore de forts investissements en termes de R&D. TOTAL a une participation de 10 % dans un projet pilote en Espagne auprès d’Iberdrola, de Sodercan, d’IDAE et de la société Ocean Power Technologies. Ce projet de recherche et développement devrait nous permettre de mieux cerner le potentiel technique et économique de cette technologie. TOTAL a étendu sa collaboration avec Iberdrola et OPT pour la mise en œuvre de cette technologie en France.
En 2006, Total a également pris une participation dans la société écossaise Scot Renewables Marine Power également spécialisée dans ce domaine des hydroliennes.
Concernant la biomasse, Total regarde les multiples options de valorisation de façon structurée, à savoir que nous analysons les potentiels des différentes ressources, les différentes technologies de transformation (voie oléo-chimique, voie thermochimique et voie biologique) et bien sûr, les différents débouchés que sont l’énergie, les carburants et les produits finaux. A ce jour, notre implication industrielle et commerciale la plus importante concerne les biocarburants de première génération (ETBE, EMC) dont Total est le premier distributeur en Europe.
Je terminerai en parlant un peu d’hydrogène. La station d’Heerstrasse à Berlin a été inaugurée en mars 2006. Elle distribue de l’hydrogène à la fois pour les véhicules particuliers mais aussi pour les professionnels, notamment certains bus.
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SD: Total commercialise des produits pétroliers mais également du gaz naturel à ses clients en France. Le Groupe a-t-il l’ambition de commercialiser de l’électricité aux clients finaux et notamment de l’électricité verte comme le fait Total Gas and Power Ltd au Royaume-Uni ? Je me place bien sûr dans la perspective de l’ouverture des marchés du gaz et de l’électricité aux particuliers à compter du 1er juillet 2007.
BP: Ce sont deux choses bien différentes. Total Gaz et Electricité commercialise déjà de l’électricité et du gaz mais aux professionnels, plus particulièrement aux industriels. Tegaz commercialise du gaz naturel en France. Total Infrastructure Gaz France gère le transport et le stockage du gaz naturel.
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SD: TOTAL est un acteur engagé dans le cadre du Protocole de Kyoto. Quel est votre niveau de contrainte dans le cadre du PNAQ français et comment devrait-il évoluer dans le PNAQ 2 ?
BP: 50 % de la couverture de l’Emission Trading System (ETS) pour le Groupe concerne nos activités en France. Les allocations de quotas CO2 anticipées pour nos sites pour 2008-2012 intégreraient une réduction comprise entre -10 et -15 % de nos émissions de CO2. La gestion du CO2 au sein du groupe Total est devenu un véritable enjeu et un domaine d’expertise à part entière. L'amélioration de l'efficacité énergétique est l’un des axes majeurs dans ce domaine. Nous avons plusieurs projets de recherche et développement en cours notamment dans le bassin de Lacq où TOTAL a mis en place un pilote industriel dédié au captage et au stockage géologique du CO2.
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SD: Votre Groupe est-il intéressé voire déjà investi dans des projets couverts par les mécanismes de flexibilité du Protocole de Kyoto (MOC et MDP) ?
BP: Je peux vous dire que nous préparons différents projets mais que rien n’a été déposé pour le moment. Le thème de la réduction du brûlage des gaz associés à l’Exploration Production pourrait faire émerger certains dossiers.
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SD: Enfin, pour conclure notre entretien, je souhaiterais revenir sur la stratégie éclairée, et qui a porté ses fruits, de Thierry Desmarest lors des acquisitions de PetroFina et d’ELF. Votre Groupe prévoit-il, à court terme, de nouvelles opérations de cette envergure, notamment dans le nucléaire, ou privilégiera-t-il des acquisitions plus modestes, je pense au secteur des énergies renouvelables ?
BP: La priorité actuelle est clairement donnée au développement des activités précitées et des structures déjà en place ; je laisse la direction générale vous répondre éventuellement plus en détail sur d’éventuels points d’inflexion dans le futur.
Propos recueillis par Sébastien DENIS