Hiver doux : le réchauffement climatique en ligne de mire ?

L’hémisphère Nord a connu cette année un hiver exceptionnellement doux. Ainsi, en Europe, les températures étaient les plus élevées à cette période de l’année depuis plus d’un siècle. L’ensemble de la presse européenne s’est fait l’écho de ce constat mais ce phénomène a également été observé au Japon. Ainsi au pays du Soleil Levant, où l’hiver prend fin officiellement le 28 février, c’est la première fois depuis que l’agence météorologique nationale a commencé l’archivage de ses données en 1876, qu’aucun flocon de neige n’est tombé sur le pays.
Si cette douceur des températures peut paraître agréable, elle ne va pas sans poser de problèmes. Ainsi, les plantes bourgeonnent plus tôt, et certaines maladies posent problème à l’agriculture : la jaunisse nanisante de l’orge fait ainsi des ravages en Allemagne cette année, car le virus a survécu à l’hiver, et est donc plus virulent et résistant que les années passées.
De plus, les migrations ou périodes de développement de certaines espèces animales se trouvent chamboulées par rapport à l’équilibre normal des éco systèmes, ce qui inquiète les scientifiques observateurs, sans savoir ce qui peut en résulter.
Enfin, ces conditions climatiques particulièrement douces ne vont pas sans poser de problèmes pour la gestion de l’eau : ainsi les nappes phréatiques du sud de la France n’ont pu se recharger correctement, et leur niveau pourrait créer de graves manques si ce déficit de précipitation se confirme.
Dans le contexte de la remise du rapport du GIEC, la question du lien entre cet hiver doux et le réchauffement climatique se pose à nouveau.Les aléas du climat ne sont pas un phénomène récent : ainsi en 1172 à Chamonix, on a relevé dans des textes anciens que « l’hiver fut si doux que les arbres se couvrirent de verdure en janvier ».
Il n’est donc pas absolument impossible qu’un hiver doux se produise épisodiquement. Cependant, ce qui est nouveau dans le phénomène de cet hiver, c’est que l’activité humaine a contribué à accentuer ces variations saisonnières naturelles. Au-delà de la constatation (« il n’y a plus de saisons ») il faut donc que ce phénomène permette une prise de conscience, de ce qui est en jeu, mais aussi des façons d’agir sur le phénomène de changement climatique.
Présente au colloque du Syndicat des Energies Renouvelables au mois de mars 2007, Sylvie JOUSSAUME (Climatologue membre du GIEC) a présenté l’évolution des moyennes des températures des dernières décennies. Sur son schéma, le constat est assez simple : le réchauffement se poursuit et les phénomènes épisodiques ne disparaîtront pas. La conclusion de la climatologue doit interpeller le plus grand nombre : il faut dès aujourd’hui se préparer à nous habituer à ce que sera le climat dans les prochaines années. Il est possible d’atténuer la tendance mais ce que l’activité humaine a déjà modifié, nous le subirons inévitablement. Il s’agit donc, en quelque sorte, de se préparer dès aujourd’hui à vivre différemment.
[17-06-2009]