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Selon une étude du Centre de Recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), les Français ne seraient pas très enclins aux économies d'énergie, surtout si cela rime avec perte de confort. D'où viendrait ce phénomène? Échec des politiques publiques? Manque de sensibilisation des ménages? Et pourtant, à l'heure où les ménages français se plaignent d'un pouvoir d'achat de plus en plus bas, les économies d'énergie seraient un bon moyen de mettre du "beurre dans les épinards"Depuis le premier choc pétrolier (1973), la consommation énergétique française a augmenté de 20%, passant de 134 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) à 160 Mtep. Cette progression n'est pas imputable à tous les secteurs de l'économie. Le secteur industriel a par exemple énormément réduit son intensité énergétique (consommation d'énergie par rapport à une production donnée). Ainsi, les principaux responsables seraient le secteur résidentiel-tertiaire, regroupant les immeubles d'habitations et les immeubles de bureaux, ainsi que le secteur des transports. Ce constat n'a rien d'étonnant lorsque l'on analyse de près la politique énergétique française.
Au lendemain du premier choc pétrolier, la plupart des pays européens prennent conscience de leur forte dépendance vis-à-vis des pays producteurs et exportateurs de pétrole et de leur vulnérabilité face à un nouveau choc pétrolier. La France souhaite renforcer sa sécurité énergétique en diversifiant ses approvisionnements et se tourne vers le nucléaire. Le plan Mesmer est lancé en 1974 prévoyant la construction d'un cinquantaine de centrales nucléaires. Aujourd'hui, la production d'électricité à partir de nucléaire représente 76,8% de notre production énergétique. Contrôlé par le secteur public, le prix de l'électricité a été maintenu à un tarif extrêmement bas afin de participer à l'électrification de l'ensemble des ménages français. Cette situation a fortement encouragé le développement des chauffages électriques dans le bâtiment (tertiaire et résidentiel), dont l'impact écologique et le manque d'efficacité énergétique ont été largement démontré, à la prolifération des appareils électriques et une consommation énergétique incontrôlée.
Aujourd'hui, l'enjeu n'est pas seulement énergétique mais aussi climatique. Il s'agit de coupler nos indicateurs énergétiques et climatiques. Divisé par quatre nos émissions de gaz à effet de serre en 2050 demande la mise en place de mesures draconiennes pour favoriser les économies d'énergie dans les bâtiments et donc, l'adoption d'une réglementation thermique de grande ampleur.
Le gisement d'économie d'énergie dans le résidentiel reste colossal. L'industrie a, quant à elle, largement entamé sa marche descendante.
Le secteur industriel a amélioré son intensité énergétique de 18,5% sur la période 1973-2005. Cette amélioration s'explique d'avantage pas des facteurs structurels qu'une réelle politique de réduction. La tertiairisation du secteur ainsi que les avancées technologiques des moyens de production ont participé à cette baisse.
Contrairement au secteur industriel, la consommation énergétique du secteur résidentiel-tertiaire a augmenté de 21% sur la période 1973-2005 suivant l'évolution de la consommation énergétique finale.
Dans le tertiaire, la part résidentielle du parc de bâtiments représente près de 70% des consommations finales, et les immeubles du bureau 30% (répartis également entre le parc public et le parc privé). L'habitat et les comportements des ménages sont donc bien à l'origine de cette hausse.
La consommation d'énergie de l'habitat a augmenté de 8% entre 1973 et 2003. Un Français consomme annuellement 0,9 tep pour son logement dont 70% est consacré à son chauffage et 13% aux consommations spécifiquement électriques. Le reste se répartit entre la production d'eau chaude et la cuisson.
Concernant le chauffage, l'étude du Credoc relève que les Français favorisent leur confort au détriment des économies d'énergie. Ainsi, la température moyenne des logements est passée de 19° à 21° entre 1986 et 2003, la consommation pour les usages de confort (éclairage, électroménager...) a augmenté de 85% par m2 entre 1973 et 2003. Principal facteur de cette hausse, la multiplication croissance des appareillages domestiques : télévision, appareils de veille, électriques, dont leur utilisation (ou leur mise en veille) entraîne une consommation électrique non négligeable.
"La hausse de la consommation d'énergie dans l'habitat est donc liée à un phénomène de hausse des standards de confort individuels, qui induisent des comportements de consommation peu économes" explique le Crédoc.
Aujourd'hui, les politiques publiques sont d'avantage axées sur des variables structurelles telles que les normes d'isolation pour les logements neufs que sur les variables comportementales des ménages. Le Crédoc souligne que "les modes actuels de régulation fondent la maîtrise de l'énergie sur les comportements individuels de consommation, postulant que la recherche de l'intérêt particulier rencontrera l'optimum collectif. Ce faisant, ils laissent de côté la dimension collective de la consommation d'énergie". Tout le problème résiderait là!
Les Français seraient en réalité bien au fait des actions à mener quotidiennement à l'échelle individuelle pour favoriser les économies d'énergie mais puisqu'ils ne font pas partie d'un "cadre collectif canalisé", ils restent peu développés. Il s'agirait de favoriser la mise en place d'une offre de service public, comme c'est actuellement le cas pour le tri sélectif qui montre largement son efficacité.
Ainsi, selon le Crédoc, les leviers d'information et de sensibilisation aux économies d'énergie restent indispensables mais doivent être couplées avec la mise en place de mécanismes de canalisation des comportements dans le domaine de la consommation d'énergie à travers des mesures structurelles plus concrètes ("par exemple un système collectif de rationalisation des consommations d'eau et d'énergie à l'échelle des immeubles collectifs"). Cela reviendrait à "peser plus fortement sur les leviers de la consommation et de la gestion collective des usages individuels".
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