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Face à l’explosion de la demande des consommateurs vis-à-vis de produits issus de l’agriculture biologique ou du commerce équitable, des pays producteurs commencent à s’organiser pour être présents sur ces marchés émergents. La mondialisation de ces produits traditionnels et à l’image « verte » est-elle pour autant conciliable avec un développement durable? Exemple du quinoa…Mondialisation et cultures traditionnelles sont-elles solubles ?
Le quinoa, pseudo-céréale des hauts plateaux andins, est devenu le produit phare des rayons biologique et équitable. Apprécié notamment pour ses hautes valeurs nutritives et bénéficiant de l’image d’un produit équitable, et donc durable, aux yeux du consommateur, le quinoa a vu ses exportations exploser de 2 300 à 7 640 tonnes entre 2003 et 2006 rien que pour la Bolivie (source : Ceprobol). Face à l’explosion de cette demande, il est à noter que la France est le premier consommateur européen1. S’il est vrai que cet engouement soudain des pays riches pour la traditionnelle « mère-graine » peut représenter une aubaine économique pour le monde rural des pays andins comme la Bolivie ou le Pérou, on imagine sans peine que l’adaptation à la demande mondiale croissante ne s’est pas faite sans engendrer de fortes mutations, voire certains impacts négatifs.
Des structures sociales traditionnelles détruites…
Traditionnellement les structures sociales des communautés indigènes des hauts plateaux andins organisent les cultures sur un travail collectif et une répartition communautaire. Les terres cultivées étaient relativement petites, vivrières et sur un mode de culture alternée, c'est-à-dire en parallèle avec le maraîchage, l’élevage de camélidés (lamas, alpagas…) et d’ovins. De plus la mise en jachère était fréquente avec une période de 7 ans après une mise en culture de 3 ans.
Pour intensifier la production, les terrains se sont concentrés entre les mains de quelques propriétaires, au détriment de la communauté. Ainsi s’est opéré le glissement vers un système de monoculture. En effet, les cultures de quinoa depuis les coteaux traditionnels ont petit à petit envahi les plaines de pâturage des hauts plateaux réservées à l’origine à l’élevage. Cette évolution entraîne par ailleurs des conflits entre les différents types d’agriculture plus ou moins rémunérateurs.
Ces mutations, parfois profondes, ont eu pour conséquence la contractualisation des paysans locaux et la parcellisation des terres communautaires. La société est ainsi devenue individualiste et les paysans locaux sont passés d’un mode de vie autonome à une dépendance vis-à-vis des propriétaires terriens. Un lien supplémentaire de dépendance est apparu entre les paysans et les coopératives de production et d’exportation qui sont peu nombreuses et gèrent une grande partie de la commercialisation.
Un bilan environnemental alarmant
Les terres agricoles nouvellement conquises dans les plaines sont arides et fragiles. L’utilisation fréquente des tracteurs, la réduction des temps de culture et la multiplication des récoltes épuisent rapidement les terres qui parfois deviennent totalement stériles et propices à l’érosion et au lessivage. Les producteurs ont alors de plus en plus recourt aux engrais chimiques face à l’épuisement des sols qui ne peuvent plus être fertilisés naturellement pour cause d’un élevage déclinant.
Enfin, les nouvelles conditions climatiques des cultures en plaine et l’intensification de la production entraînent un développement accru des insectes. La solution actuelle est donc un recours aux pesticides qui vient alourdir un bilan environnemental déjà alarmant.
Quelles alternatives possibles ?
Une équipe de chercheurs boliviens et français de l’Institut de Recherche en Développement (IRD), travaille actuellement sur le projet EQUECO dont le thème d’étude est la durabilité des territoires et des sociétés rurales des hauts plateaux andins face au contexte d’intensification des méthodes agricoles et d’ouverture aux échanges. L’objectif est de laisser une plus grande part aux innovations venue du savoir faire local et d’inventer une nouvelle gestion communautaire et collective de la production et de la commercialisation du quinoa. Même si le développement à l’international de ces cultures a limité l’exode rural de certaines régions les plus reculées, la question qui reste en suspend est : à quel prix ? Ce qui est sûr est que le consommateur se retrouve perdu et le petit paysan ne sera pas durablement favorisé. Il y a donc un réel besoin de clarté et de restructuration de la filière « équitable », pour qu’elle trouve une éthique convenable et assure la pérennisation des communautés locales et leurs structures sociales traditionnelles.
Pour en savoir plus :
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