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Le coût de la vie

Le coût de la vie« Le GIEC et le rapport Stern ont popularisé « le problème climatique et permis d’enclencher un processus mondial de lutte contre le changement climatique », a rappelé Jean-Louis Borloo lors de la présentation du rapport du professeur Bernard Chevassus-au-Louis « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes ».
 

 Aujourd'hui c'est donc à la France de se doter d'un rapport sur l'économie de l'environnement. Ce travail, qualifié de « rapport Stern de la biodiversité » par Jean-Louis Borloo, tente de répondre à une question simple : quel sera, à terme, le coût financier de la disparition de la biodiversité ? Problématique qui correspond aux objectifs du ministre de l'environnement consistant à chiffrer le coût de l'inaction en matière d'environnement.           

 

L'approche économique de l'environnement est aujourd'hui de plus en plus prégnante, comme en témoignent l'apparition des rapports Stern, Chevassus-au-Louis, TEEB[1] ou encore « l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire », étude commandée par le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

Le TEEB, dirigé par l'économiste indien Pavan Sukhdev, prédit une diminution de 11 % des zones naturelles entre 2000 et 2050, une augmentation de 40 % des terres dédiées à l'agriculture intensive ainsi qu'une disparition de 60 % des récifs coralliens d'ici 2030.

D'après l'étude sur « l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire », 60% des « services écologiques » seraient déjà dégradés dans le monde, tandis qu'un article publié dans la revue Nature a évalué la valeur de l'ensemble des biens et services rendus par la nature à deux fois la valeur du PIB mondial.  

 

La France a adopté pendant longtemps une approche patrimoniale de la biodiversité qui a, certes, abouti à des résultats intéressants tels que la création des parcs naturels, mais qui n'a pas pour autant permis d'enrayer la disparition de certaines espèces.

La méthodologie du rapport Chevassus-au-Louis rompt avec cette tradition. Le groupe de travail a opté pour une approche utilitariste de la biodiversité et des écosystèmes basée sur l'estimation du « coût du service rendu » par la nature à l'homme. La disparition de la mangrove en Asie du sud, remplacée par de vastes étendues dédiées à l'aquaculture, a par exemple aggravé l'effet dévastateur du tsunami de 2004.  Dans cette optique, la ville de New-York a réalisé dans les années 90 de substantielles économies en renonçant à construire une station d'épuration et en optant plutôt pour la restauration des milieux naturels situés sur ses bassins versants. Cette réflexion s'applique à de nombreux pans de la biodiversité aujourd'hui malmenés comme les forêts et leur capacité de stockage du CO2, les insectes comme l'abeille et leur rôle pollinisateur ou encore les bocages normands, réels corridors biologiques essentiels pour le développement de certaines espèces.

 

Dans son rapport le groupe de travail distingue deux types de biodiversités, l'une remarquable, ou rare, comme les récifs coralliens et une autre dite « ordinaire » telle que les prairies fleuries à base de pâquerettes ou de marguerites que nous connaissons si bien. Ainsi la valeur d'une forêt française est estimée à 970 euros par hectare et par an, et celle d'un récif corallien entre 5 000 et 10 000 euros par hectare et par an. Bien que pour certains la nature n'a pas de prix il faut bien avouer que les récifs coralliens sont d'une importance capitale pour certaines économies locales tournées principalement vers le tourisme et l'exploitation des ressources piscicoles.

 

Toutefois, donner un prix à la biodiversité peut  poser certains problèmes éthiques et « le véritable piège consisterait à vouloir compenser la perte d'une espèce dans une zone par un gain dans une autre. »[2] Cela peut  étrangement rappeler le marché du carbone mis en place après Kyoto. Cependant le groupe de travail insiste sur le fait « que la fixation d'une valeur n'implique pas l'ouverture d'un libre marché et que les échanges éventuels devront impérativement être régulés ». En outre ce travail pourrait devenir une étape vers un éventuel étiquetage des produits de consommation dont le prix tiendrait compte de leur impact sur l'environnement.

 

A l'horizon 2010 Jean-Louis Borloo souhaite que soit mit en place un GIEC de la biodiversité. Pavan Sukhdev est actuellement en charge d'un rapport pour la Commission européenne qui portera sur le prix de la biodiversité. Ce rapport, attendu pour 2010,  intégrera le travail du groupe français pour, à terme, recréer du capital écologique.

 


[1]    The Economics of Ecosystems and Biodiversity.

[2]    Sabine Casalonga, Intégrer le coût de la biodiversité dans l'économie, Le journal de l'environnement, 22 octobre 2008.

Télécharger le rapport du groupe de travail présidé par Bernard Chevassus-au-Louis
[09-07-2010]
 

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